Et si « c’était mieux demain » n’était pas une faute de temps, mais une manière de regarder notre époque ?
Nous avons pris l’habitude de considérer le progrès comme une direction : demain sera plus rapide, plus simple, plus efficace qu’aujourd’hui. À chaque nouvelle technologie, nous gagnons du temps, nous supprimons des contraintes, nous déléguons ce qui nous encombre. Et nous appelons cela avancer.
Mais que se passe-t-il lorsque ce que nous gagnons en efficacité, nous le perdons en autonomie ?
C’est là que commence cet essai.
C’était mieux demain ne défend pas un retour au passé. Il ne s’agit ni de regretter le monde d’avant Internet, ni de célébrer une époque où l’on faisait tout à la main. Il s’agit de regarder autrement ce que nous appelons le progrès.
Car l’intelligence artificielle ne se contente plus de nous assister. Elle commence à écrire, décider, trier, recommander, mémoriser, anticiper. Elle s’installe entre nous et le réel, entre une question et sa réponse, entre une décision et les raisons qui la justifient.

Nous pensions déléguer des tâches. Nous avons commencé à déléguer des facultés.
C’est ce déplacement, beaucoup plus profond que la seule révolution technologique, que ce livre cherche à comprendre.
Que devient notre mémoire lorsque nous n’avons plus besoin de nous souvenir ?
Que devient notre jugement lorsque la machine nous propose en permanence la meilleure option ?
Que devient notre écriture lorsque nous pouvons faire rédiger à notre place ?
Que devient notre travail lorsque l’efficacité devient l’unique mesure de la valeur ?
Et, plus intimement, que devient notre identité lorsque notre double algorithmique commence à connaître nos habitudes, nos préférences et nos faiblesses mieux que nous ne les connaissons nous-mêmes ?
Le paradoxe du titre est volontaire.
C’était mieux demain, c’est l’idée que le futur n’est pas nécessairement ce qui arrive après le présent. Il peut aussi être ce que nous aurions pu faire différemment avant de laisser certaines possibilités disparaître.
Le « demain » du titre est donc moins une date qu’une promesse : celle d’un avenir dans lequel le progrès ne consisterait pas simplement à faire davantage, plus vite, avec moins d’effort, mais à décider consciemment ce que nous voulons continuer à faire nous-mêmes.
Car la question n’est finalement pas de savoir si l’intelligence artificielle est bonne ou mauvaise.
La vraie question est plus inconfortable :
qu’allons-nous accepter de ne plus savoir faire, de ne plus décider, de ne plus retenir, parce qu’une machine peut désormais le faire à notre place ?

C’est pourquoi ce livre ne regarde pas l’intelligence artificielle de l’extérieur.
Il regarde ce qu’elle fait à l’intérieur de nous.
À notre manière de penser.
À notre rapport au travail.
À notre mémoire.
À nos choix.
À notre attention.
À notre vieillissement.
Et, finalement, à notre liberté.
Peut-être que « c’était mieux demain » signifie simplement ceci : nous avons encore le temps de décider ce que nous ne voulons pas perdre.

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