Vous lui avez confié vos insomnies.
La lettre de démission que vous n’avez jamais envoyée.
Cette douleur au genou dont vous n’osez pas encore parler à votre médecin.
Vous ne lui avez pas seulement posé des questions.
Vous lui avez raconté des choses.
C’est précisément ce qui devrait nous faire réfléchir.
Le 15 octobre, *404 Media* a publié les résultats de ses tests sur l’écosystème publicitaire de ChatGPT, relayés par Sabrina I. Pacifici. Ils montrent comment des annonceurs peuvent transmettre à OpenAI des adresses e-mail, des numéros de téléphone ou des identifiants mobiles pour diffuser des publicités ciblées. Le contenu des conversations peut également intervenir dans ce ciblage.
Le secteur publicitaire n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour s’intéresser à nos comportements. Rien de très neuf, donc, dans la mécanique.
“Ce qui change, c’est la nature de ce que nous lui confions”
Google reçoit une requête. Une IA conversationnelle accueille un récit.
On lui expose un problème professionnel. On lui soumet un doute intime. On cherche les mots d’une décision que l’on n’ose pas prendre. On revient. On précise. On se confie davantage.
À mesure que la conversation s’installe, la frontière entre l’outil et le confident devient moins nette. L’interface est accueillante. La réponse est immédiate. La machine ne juge pas, ou du moins en donne-t-elle l’impression.
Nous finissons par lui parler comme si la conversation n’avait d’autre destinataire que nous-mêmes.
Mais une conversation peut être un service rendu. Elle peut aussi devenir une ressource à exploiter.
Voilà le déplacement qui m’intéresse.
Nous pensions déléguer des tâches. Nous commençons à déléguer des raisonnements, des choix, parfois une part de notre intimité.
Et nous découvrons, après coup, que déléguer une fonction ne signifie pas nécessairement en maîtriser les conséquences.

Nous pensions déléguer des tâches. Nous commençons à déléguer des raisonnements, des choix, parfois une part de notre intimité.
Zach Edwards, cofondateur de DecryptAds, résume le mécanisme par une image connue : celle de la grenouille que l’on ferait cuire à petit feu.
J’ai une certaine tendresse pour cette grenouille. Elle n’est ni naïve ni stupide. Elle est simplement bien installée. L’eau est tiède. L’interface est aimable. La réponse arrive en trois secondes.
Pourquoi sortir du bain ?
C’est une question que je pose dans “C’était mieux demain”.
Non pour nous convaincre de fuir la technologie, encore moins pour regretter le Minitel. Mais pour interroger notre rapport à la délégation.
À partir de quel moment le confort commence-t-il à nous coûter quelque chose que nous ne savons même plus mesurer ?
La maturité numérique ne consiste pas à se méfier de tout. Elle consiste à ne pas confondre facilité et maîtrise, disponibilité et confiance, assistance et gratuité.
Elle suppose quelques réflexes simples :
→ Relire régulièrement ses paramètres de confidentialité.
→ Ne pas confier à une IA une information que l’on ne souhaiterait pas voir circuler hors de son contexte.
→ Se demander qui finance réellement un service présenté comme gratuit.
Et, surtout, garder cette question en tête : **qui d’autre se trouve dans la pièce lorsque je parle à une machine ?**
Car le véritable enjeu n’est pas seulement ce que l’IA sait de nous. C’est ce que nous acceptons de lui donner, à mesure que nous nous habituons à sa présence.
Un essai sur nos vies avec les technologies, sur ce que nous leur déléguons et sur ce qu’il nous appartient de ne pas abandonner.
→ “C’était mieux demain. Vies numériques. Maturité nécessaire” aux editions-aptitudes.com/boutique
Et vous : avez-vous déjà confié à une IA quelque chose que vous n’auriez jamais écrit dans un moteur de recherche ?🤡
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À partir de quel moment le confort commence-t-il à nous coûter quelque chose que nous ne savons même plus mesurer ?







